Aussi surprenant que cela puisse paraître, Washington
est né de son propre amour pour le blues. Plus précisément
celui, rugueux et direct, qu'inventaient jour après jour Son House,
Charley Patton ou Skip James. Un répertoire que Washington se garde
pourtant bien de reproduire: "Je fais une musique qui repose simplement
sur du vécu, comme eux l'ont fait bien avant moi. Le lien est là.
Je ne peux pas m'approprier les émotions de Tommy Johnson ou de Bukka
White, ils méritent mieux que d'être imités. D'ailleurs,
ceux que nous considérons aujourd'hui comme les gardiens du temple,
les pères ou les parrains du genre étaient avant tout des
pionniers, de jeunes types qui appelaient une révolution de toutes
leur âme, en ruant dans les brancards et en balançant à
la face du monde un son d’une modernité invraisemblable. C'est
en cela qu'ils me touchent".
Comment, dès lors, définir la musique de Washington? "Je serais heureux de laisser le public et les disquaires en décider, c’est surtout à eux que c’est utile" répond l'intéressé. "Toutefois, pour ne pas contourner la question, le terme de «blues contemporain» revient souvent et c’est un beau compliment. Mais peu importe les étiquettes: je considère que ce qui se passe entre le blues et moi est simplement une histoire d’amour entre adultes, c'est ma vie privée. Je n'agite pas de drapeau, j'essaie simplement de garder à l'esprit la notion «d'héritage» que cela comporte". Ne chanter ni les champs de coton ni l’esclavage, donc, mais les moments joyeux ou amers d’un vécu d’ici et de maintenant. Se balader sur les chemins de l’amour et du hasard, de la solitude, de l’exil, chanter cette neige qui n’en finit pas, chanter l'amer regret de savoir un revers à toutes les médailles, faire une chanson du moment où l'on ne parvient plus à ignorer le petit caillou dans sa chaussure, collectionner ses propres histoires et quelques réflexions minuscules. Et célébrer le doux, le tendre, le tiède.
Et ce nom, Napoleon Washington? "Ça me paraissaît à la fois drôle et dérisoire, un bon moyen de se rappeler qu'il faut prendre ce métier au sérieux plutôt que soi-même. Et puis surtout, c'est un hommage à ce moment incroyable et absolument unique dans l'histoire des hommes: à la fin de la guerre de sécession, alors que l'on prétendait élever du statut de bétail à celui d'êtres humains les esclaves émancipés, nombreux se sont trouvé démunis de n'avoir qu'un prénom. Un nom et un prénom pour devenir un homme libre... Contraints de se baptiser eux-mêmes, beaucoup ont choisi de défier la misère en s'attribuant un patronyme grandiloquent: King, Moses, Freeman, Lincoln. Je trouve ça bouleversant".
Sepia productions, Éric Laesser, Temple-Allemand 77, CH-2300 La Chaux-de-Fonds, Switzerland,
Fax+Phone ++41 (0)32 913-0508
Comment, dès lors, définir la musique de Washington? "Je serais heureux de laisser le public et les disquaires en décider, c’est surtout à eux que c’est utile" répond l'intéressé. "Toutefois, pour ne pas contourner la question, le terme de «blues contemporain» revient souvent et c’est un beau compliment. Mais peu importe les étiquettes: je considère que ce qui se passe entre le blues et moi est simplement une histoire d’amour entre adultes, c'est ma vie privée. Je n'agite pas de drapeau, j'essaie simplement de garder à l'esprit la notion «d'héritage» que cela comporte". Ne chanter ni les champs de coton ni l’esclavage, donc, mais les moments joyeux ou amers d’un vécu d’ici et de maintenant. Se balader sur les chemins de l’amour et du hasard, de la solitude, de l’exil, chanter cette neige qui n’en finit pas, chanter l'amer regret de savoir un revers à toutes les médailles, faire une chanson du moment où l'on ne parvient plus à ignorer le petit caillou dans sa chaussure, collectionner ses propres histoires et quelques réflexions minuscules. Et célébrer le doux, le tendre, le tiède.
Et ce nom, Napoleon Washington? "Ça me paraissaît à la fois drôle et dérisoire, un bon moyen de se rappeler qu'il faut prendre ce métier au sérieux plutôt que soi-même. Et puis surtout, c'est un hommage à ce moment incroyable et absolument unique dans l'histoire des hommes: à la fin de la guerre de sécession, alors que l'on prétendait élever du statut de bétail à celui d'êtres humains les esclaves émancipés, nombreux se sont trouvé démunis de n'avoir qu'un prénom. Un nom et un prénom pour devenir un homme libre... Contraints de se baptiser eux-mêmes, beaucoup ont choisi de défier la misère en s'attribuant un patronyme grandiloquent: King, Moses, Freeman, Lincoln. Je trouve ça bouleversant".